Conflit et surcharge émotionnelle
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Lors d’une expérience en classe de 4P, j’ai été confrontée à une situation relationnelle particulièrement complexe. Deux élèves étaient régulièrement en conflit et, malgré les nombreux échanges que nous avions eus ensemble, les tensions persistaient. Lors de chaque nouvelle discussion, les élèves revenaient sur des événements passés qui avaient pourtant été considérés comme réglés. La situation était devenue un véritable gouffre sans fin, dans lequel chaque conflit en faisait ressurgir un autre.
C’est à partir de cette situation que m’est venue l’idée de la métaphore du feu relationnel.
Dans un conflit, une personne peut dire ou faire quelque chose qui provoque une réaction chez l’autre. Cette réaction en entraîne une nouvelle, puis une autre encore, jusqu’à ce que le conflit s’enflamme. Pour faire un feu, il faut plusieurs bûches : une première, puis une deuxième, puis une troisième… Mais lorsque le conflit dure depuis longtemps, il devient parfois impossible de savoir qui a posé la première bûche. Les deux personnes se concentrent alors sur la recherche du responsable et sur ce qui s’est passé au départ, plutôt que sur la manière de sortir de la situation.
L’outil du feu relationnel propose donc de déplacer le regard : plutôt que de chercher indéfiniment qui a mis la première bûche, il invite les élèves à réfléchir à comment éteindre le feu. Cela ne signifie pas que l’on minimise ou que l’on ignore ce qui a déclenché le conflit, mais que l’on cherche avant tout une manière de faire redescendre les tensions et de reconstruire la relation.
Cette métaphore a permis aux élèves de mettre des mots simples et concrets sur des situations relationnelles parfois difficiles à comprendre ou à expliquer. Ils ont ainsi pu dire :
- « On est en train de faire un feu relationnel. »
- « J’ai reçu une bûche de ta part et ça m’a fait mal. »
- « Il faut qu’on trouve une solution pour éteindre le feu. »
- « De quelle goutte d’eau as-tu besoin pour que je puisse éteindre le feu ? »
L’image permet ainsi de rendre visible et compréhensible un conflit qui peut sembler abstrait. Elle offre aux élèves un vocabulaire commun pour identifier ce qui est en train de se passer et surtout pour réfléchir à ce qu’ils peuvent faire pour désamorcer la situation.
Suite à cette expérience en classe, nous avons également décidé d’utiliser cet outil à l’échelle du collège. Les récréations étaient régulièrement marquées par des tensions et certains conflits étaient difficiles à gérer. Nous avons alors créé un grand feu en papier et proposé aux élèves d’écrire sur des gouttes d’eau leurs idées pour « éteindre le feu ».
Les élèves ont ainsi pu proposer différentes stratégies, solutions ou comportements permettant d’apaiser les tensions. Le fait de disposer d’un support visuel et d’actions concrètes leur a permis de mieux comprendre qu’ils avaient eux aussi un rôle à jouer dans la résolution des conflits.
Progressivement, les tensions difficiles à gérer ont diminué. Le feu relationnel est devenu un outil commun, facilement identifiable par les élèves, qui leur permet de prendre du recul lorsqu’une situation commence à s’envenimer.
Cet outil m’a ainsi permis de passer d’une logique centrée sur « Qui a commencé ? » à une réflexion davantage tournée vers « Comment pouvons-nous éteindre le feu ? ». Il favorise la mise en mots des émotions, la responsabilisation des élèves et la recherche de solutions concrètes pour apaiser les relations.
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